Suspicion de leucémie érythroïde chez le chat
Quel est le résultat de laboratoire caractéristique de la leucémie myéloïde aiguë (LMA) ?
Bicytopénie avec blastes circulants
Pancytopénie avec blastes circulants
Bicytopénie ou pancytopénie avec ou sans blastes circulants
Bicytopénie ou pancytopénie sans blastes circulants
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Contexte scientifique
La leucémie érythroïde est un néoplasme malin agressif de la lignée des érythrocytes au sein du système hématopoïétique de la moelle osseuse. Chez les chats, il semble s’agir de l’un des sous-types les plus courants de leucémie myéloïde [1], et elle implique une prolifération incontrôlée (expansion clonale) des précurseurs des érythrocytes dans la moelle osseuse, souvent associée à une inhibition de l’hématopoïèse normale.
Les signes cliniques fréquents comprennent la léthargie, l’inappétence, la perte de poids, la pâleur des muqueuses et, dans les cas avancés, une hémorragie, une ascite ou un épanchement pleural [2,3]. Les résultats de laboratoire comprennent généralement une anémie sévère, souvent initialement arégénérative ; parfois une leucocytose ou une thrombocytopénie ; des érythrocytes nucléés (métarubricytes, rubricytes) ; et des blastes (rubriblastes) dans le sang et la moelle osseuse. Les aspirats médullaires révèlent une nette augmentation des populations de précurseurs érythroïdes (souvent > 50 %), avec une réduction relative de la lignée myéloïde. En outre, une infiltration de cellules néoplasiques dans d’autres tissus peut être observée aux stades avancés de la maladie [2].
Chez les chats, il existe une forte association entre la leucémie érythroïde et l'infection par le virus de la leucose féline (FeLV). Par exemple, deux chats du même foyer ayant développé une leucémie érythroïde étaient positifs au FeLV ; une analyse par Southern blot a mis en évidence une intégration clonale du FeLV [1]. On ignore encore si le FeLV est une cause directe ou simplement un facteur contributif, mais le virus pourrait favoriser la transformation des progéniteurs hématopoïétiques.
Diagnostic
Le diagnostic nécessite une évaluation de la moelle osseuse avec mise en évidence de précurseurs érythroïdes prédominants, et idéalement la quantification des proérythroblastes et des rubriblastes. Dans la littérature portant sur les chats, un cas a montré un rapport érythroïde/myéloïdede la moelle osseuse de 0,02 et une forte positivité pour le CD71 dans les cellules néoplasiques [3].
Dans la pratique vétérinaire, le diagnostic peut être retardé, car les signes cliniques se recoupent avec ceux de l’anémie, de la myélodysplasie ou d’autres types de leucémie. En outre, les marqueurs immunohistochimiques permettant d'identifier spécifiquement les cellules érythroïdes néoplasiques chez les chats restent limités.
Résultats de cas
Une chatte domestique européenne à poil court, stérilisée, âgée de 6 ans, est reçue en consultation pour une altération de l’état général, un abattement et une légère tachypnée évoluant depuis plusieurs semaines. L'examen clinique a mis en évidence un rythme cardiaque de galop, un souffle systolique apical gauche de grade 3/6, des muqueuses pâles et une tachypnée.
Résultats de laboratoire
La numération formule sanguine (NFS) et le frottis sanguin ont mis en évidence une anémie sévère, arégénérative, macrocytaire et normochrome, avec agglutination et présence de précurseurs érythroïdes. On a suspecté les blastes observés d'être des précurseurs érythroïdes et/ou d'autres types de blastes. L’examen médullaire a mis en évidence une hyperplasie consécutive à une infiltration par une population blastique, pouvant être d’origine érythroïde ou, moins probablement, lymphoïde, associée à une dysmyélopoïèse généralisée et à une hypoplasie myéloïde possible. L’anémie résultait très probablement d’une érythropoïèse inefficace consécutive à une leucémie érythroïde; parmi les causes moins probables figuraient la myélophtisie et la dysmyélopoïèse dans un contexte de leucémie lymphoïde.
Pour exclure une leucémie lymphoïde, un immunophénotypage serait nécessaire, avec des marqueurs tels que CD45, CD34, CD3, CD21 et CD79a.
Le frottis sanguin a révélé de grands blastes anormaux, probablement d'origine érythroïde (fig. 4 A), ainsi que diverses cellules précurseurs érythroïdes (fig. 4 B).
La cytologie médullaire a montré une prédominance de proérythroblastes. Les blastes érythroïdes présentent des noyaux uniformément ronds et un cytoplasme bleu profond, légèrement granuleux, qui peut comporter une zone périnucléaire claire. Il convient de noter la présence d'érythrocytes nucléés (flèche), dont certains présentent une dysplasie (tête de flèche) (fig. 5).
Références
[1] Shimada T et al. (1995): Erythroleukemia in Two Cats Naturally Infected with Feline Leukemia Virus in the Same Household Journal of Veterinary Medical Science, 1995, Volume 57, Issue 2, Pages 199–204.
[2] Chimenes ND et al. (2022): Acute Erythroid Leukemia in a Cat Infected with Feline Leukemia Virus. Acta Scientiae Veterinariae, 50.
[3] Lim GH et al. (2025): A rare case of acute erythroid leukemia (AML M6-Er) with pleural metastasis and malignant pleural effusion in a cat. J Vet Med Sci. 2025 Jun 1;87(6):634–639.
